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mardi 12 novembre 2013

Le dilemme du wagon fou

Ce dilemme a été imaginé en 1967 par Philippa Foot dans un article célèbre à propos du problème de l’avortement.
Joshua Greene y a introduit des éléments empiriques; voici la situation que le dilemme "actualisé" met en jeu :
  • Un wagon dévale une pente à vive allure car ses freins sont hors-d’usage. 
  • Plus bas sur la voie travaillent cinq ouvriers qui vont être écrasés, d’autant qu’il n’y a aucun moyen de les prévenir. 
  • Toutefois, un aiguillage permettrait de faire aller le wagon sur une autre voie où un seul ouvrier travaille. 
  • Quelqu’un, qu’on appellera Denise, a la possibilité d’actionner cet aiguillage. A-t-elle le droit de le faire ? 
  • 85% des personnes interrogées affirment qu’elle en a le droit. Cela ne surprend pas vraiment : ne vaut-il vaut pas mieux qu’une seule personne meure plutôt que cinq ?
On change maintenant le scénario :
  • Le wagon dévale la pente, mais il n’y a aucun aiguillage. 
  • Toutefois, un individu nommé Frank se trouve sur une passerelle qui enjambe la voie, à côté d’un homme suffisamment gros pour que, si Frank le pousse et qu’il tombe sur la voie, son corps arrête le wagon et l’empêche de poursuivre sa route meurtrière. 
  • A-t-il le droit de le faire ? 
  • Cette fois, 88% des mêmes personnes interrogées nient qu’il en ait le droit, alors même qu’ainsi une seule personne mourrait plutôt que cinq, tout comme dans le cas précédent.
Cette histoire est déroutante, car les mêmes personnes répondent différemment alors que la situation paraît moralement analogue et que le résultat est identique : un mort au lieu de cinq.

Comment expliquer cette différence ?

L’éthique normative* contemporaine est marquée par un débat entre deux positions antagonistes:
  • le déontologisme ( (notamment la morale kantienne **) théorie éthique qui affirme que chaque action humaine doit être jugée selon sa conformité (ou sa non-conformité) à certains devoirs) &
  • l’utilitarisme (doctrine éthique qui prescrit d'agir (ou ne pas agir) de manière à maximiser le bien-être global de l'ensemble des êtres sensibles.
    C'est une forme de
    conséquentialisme: théorie évaluant une action (ou une règle) uniquement en fonction de ses conséquences escomptées)
* L'éthique normative est en philosophie, la branche de l'éthique qui forme des théories permettant d'évaluer moralement les personnes et leurs actions selon des critères de justice et de bien. Le débat central de l'éthique normative est celui qui oppose l'éthique de la vertu.
** Une réponse déontologiste invoque une norme à laquelle l’action ou le comportement doivent se conformer, norme qui s’énonce généralement comme une obligation ou une interdiction catégoriques. Chez Kant, la norme de non-instrumentalisation de la personne humaine est qu'on doit se comporter en toute situation en traitant les personnes concernées comme des fins en soi et non comme de purs moyens.

Ce débat est resté jusqu’à récemment un débat usant d’arguments, d’objections, de contre-exemples et d’expériences de pensée essentiellement conceptuels. Il y a peu cependant, dans la foulée des progrès de l’imagerie cérébrale, Joshua Greene y a introduit des éléments empiriques : proposant à des sujets différents dilemmes, dont le dilemme du wagon fou (trolley problem), il a examiné comment leur cerveau réagissait.

Joshua Greene en a tiré la conclusion que le déontologisme  s’appuyait sur des réponses émotionnelles, alors que l’utilitarisme utilisait des circuits rationnels, ce qui assurait à ce dernier une meilleure pertinence morale.
Les raisons déontologistes seraient même des rationalisations a posteriori, voire des confabulations (Trouble de la mémoire se manifestant comme une fabulation dite « compensatrice » des lacunes amnésiques).
Malheureusement, si le recours à des données empiriques est un progrès philosophique dans l’examen de ces questions, les conséquences que Greene en tire ne semblent pas probantes ...

dimanche 4 septembre 2011

Oui, je fais revenir la morale à l'école

Luc Chatel, ministre français de l'Éducation  :
"Oui, je fais revenir la morale à l'école"
"La circulaire qui paraît ce jeudi est destinée à toutes les classes de primaire"
"Pas forcément tous les matins, mais le plus régulièrement possible, le maître va maintenant consacrer quelques minutes à un petit débat philosophique, à un échange sur la morale"
Sujets possibles :
 "le vrai-le faux, le respect des règles, le courage, la franchise, le droit à l'intimité, afin que le professeur "transmette un certain nombre de valeurs".
Le ministre a tenu sa conférence de presse de rentrée jeudi, et a qualifié de "grave erreur" la suppression de l'éducation civique après 1968 et s'est déclaré "favorable à ce qu'on évalue l'instruction civique au baccalauréat".



Lire aussi:
L’ascenseur social toujours en panne
Le constat n’est pas neuf : les immigrés réussissent moins bien à l’école.
L’école continue d’être un lieu de reproduction des inégalités. Tel est le constat d’une étude effectuée par le Germe (Groupe de recherche sur les relations ethniques, les migrations et l’égalité, ULB), pour le compte de la Fondation Roi Baudouin.
Cette étude, la troisième du genre, si elle laisse paraître quelques lueurs d’espoir, n’a pas de quoi rendre optimiste. En comparant les données de l’étude Pisa 2009 (programme international pour le suivi des acquis des élèves), le Germe parvient à des résultats peu réconfortants, tant pour les systèmes éducatifs de notre pays que pour certaines familles.
En effet, bien que les performances des élèves issus de l’immigration aient progressé par rapport aux précédentes études et que l’écart entre élèves autochtones et élèves issus de l’immigration se soit réduit de ce fait, on déplore toujours un écart considérable dans les résultats des élèves avec ou sans histoire migratoire. Cet écart s’explique presque entièrement par la position socio-économique des parents et la langue parlée à la maison. "Bien que la Communauté flamande affiche des résultats moyens globalement meilleurs que la Communauté française, ajoutent les auteurs, les deux systèmes éducatifs sont confrontés à un même défi important : assurer l’égalité des chances pour les enfants issus de familles défavorisées et garantir un niveau de performance acceptable pour les élèves issus de l’immigration. Sur ce point, nous sommes encore loin du compte."
Et les auteurs d’appeler à un travail d’envergure en matière de démocratisation, à susciter un réflexe de solidarité de la part des groupes les plus privilégiés, à augmenter la mixité sociale dans les écoles ainsi qu’à accomplir des efforts (pédagogie, financement, mentalité, ) pour améliorer la qualité de notre système d’enseignement dans sa globalité.