"L’erreur que j’ai commise durant mon premier mandat a été de penser que ma fonction était de mettre de place une bonne politique. C’est important, mais il entre aussi dans la nature de cette fonction de raconter une histoire qui insuffle au peuple américain un sentiment d’unité, de direction et d’optimisme, surtout par les temps qui courent".
Obama venait de nommer la technique managériale largement pratiquée dans les pays anglo-saxons du storytelling qui consiste à faire en sorte qu’un leader puisse insuffler à ses cadres, ou à ses employés, une vision de l’entreprise qui sert alors deux objectifs :
- créer le sentiment d’un destin commun, même si, à l’évidence, les différents agents (qui a le capital, qui gère le capital, et qui fournit le travail) ont des buts différents
- susciter aussi une éthique d’entreprise, autrement dit un cadrage des comportements productifs qui passe pour une justification moral.
L’adaptant au management politique, un leader devra donc tenter de développer un récit qui à la fois surplombe les différences entre les différents agents (en politique : les électeurs, les intermédiaires de la classe politique, le gouvernement) au nom d’une mission qui les aligne, comme dans un bon roman où "tout se tient" ; et suscite chez ceux et celles qui lui sont récalcitrants un sentiment de malaise, puisque s’ils sont des politiques ils se savent et se veulent sous le regard public (selon Sartre on a honte parce qu’on se croit constamment observé), ou qui permet à celui qui débite le Grand Récit, de dire qu’ils devraient avoir honte – ce qui produit souvent le même effet.